Moyens technologiques

 

 

I.                  Là, la télé. Ici, un ordi.

Télé, ordi, branchés. Nécessité du courant. Télé, ordi, images, figures de mouvements. Spectateurs passif, acteur de sa passivité.

Des images qui font du bruit, des textes aussi. Télécommande. Au fait, pourquoi on zappe ?

Une pensée censée penser les technologies, en quoi elles consistent. Une pensée, la technologie. Le moyen technologie comme objet d’une pensée qui en détaillerait les caractéristiques. Mais aussi, caractéristiques de cette pensée qui cherche à se donner comme objet le moyen technologique.

Le moyen technologie : d’abord pensé pour la description de sa composition, pensé aussi en termes d’histoire, l’histoire du processus de fabrication de ces moyens. Les effets aussi engendrés dans les sociétés humaines par l’introduction de nouvelles techniques, les effets sur les humains de la période : par exemple assignés à contempler un spectacle permanent. Le spectacle des films, des séries, des informations et des actualités, sans oublier de la publicité.

Les humains, leur corps, leur cerveau. Les menues modifications qui s’opèrent là à l’apparition de chaque nouvel objet technologique. On parle d’influence sur la vie de chacun, et comment ces objets prennent de la place en termes de temps. On passe beaucoup de temps à regarder, à surfer, à chercher à s’informer ou bien se distraire.

Outre l’histoire, des points de vue sont réquisitionnés : points de vue sociaux, psychologiques, économiques, esthétiques, érotiques, existentiels etc. Pas seulement une question de point de vue, mais de disciplinarités.

Idée que les technologies sont ou bien au service des humains ou bien les humains qui sont au service des technologies. Notions corrélatives : celle d’assujettissement, d’asservissement… machinique (par exemple).

Des questions liées au temps, aux corps. Mais pas seulement des questions liées à. Des corps, du temps, eux-mêmes, sans questions.

Une machine que nous décrirons. La description des machines faisant aussi elle-même objet de description. Une description de loin, de prêt, extérieure, intérieure. La pensée qui prend cet objet devenu banal, pour objet d’attention, objet d’une attention nouvelle. Une sorte d’intérêt nouveau porté sur un objet que nous avons tant banalisé. Et s’il en est de cet objet comme de n’importe quel autre, une nouvelle attitude de bienvenue se fait jour. Le monde ambiant a été banalisé, considérons le dans toute sa nouveauté, voire dans toute sa poésie. Que dégage-t-il, que nous inspire-t-il, cet objet devenu poussiéreux ?

Alors on considère les matériaux. Les plastiques, les métaux, les fils en tous genres, les circuits imprimés. Le verre, les verres, siliciums. On imagine des entrepôts, des usines, à l’autre bout du monde. Les ouvriers, les transporteurs. Toute une sorte d’organisation à une échelle mondiale. Des circuits de production… rien qu’à l’évocation du mot ordinateur ou télévision. Les objets du menu quotidien font maintenant l’objet d’une attention nouvelle et sont considérés d’un regard poétique.

Touches d’un clavier qwerty/azerty. Une pompe à essence à tel moment de l’histoire de cet objet, nécessaire pour le camion qui va le transporter. Les milliers de kilomètres parcourus, et les gens qui protestent contre l’emploi déraisonné de marchandises venues du lointain.

Chaînes d’assemblages, et constructions de robots. Les disciplines : l’électronique, la robotique, la biologie, le management, les ingénieurerie, gestion, administration.

Productions de composants électroniques, circuits imprimés dont la plupart d’entre-nous ne connaissent point la fonction. Chaque pièce à une fonction, chaque circuit : et ce qui frappe, c’est que nous ne savons pas du tout comment cela fonctionne. Comme nous ne savons pas beaucoup d’automobile. Comment rattacher aussi les formules mathématiques à cela. Le savoir des savants en physique générale, théorique. La production de formules, et le rapport de ces formules à l’objet. Il en aura fallu de la physique pour produire un ordi, une télé, une bagnole, des plaques de cuisson. Et la philosophie ? Philosopher la télé, l’ordi ?

Quid de l’intérêt philosophique de ces choses ? Cela existe-t-il, une approche philosophique.

Rapports aussi aux son : la machine fait du bruit, mais aussi de la musique. La musique des machines, les machines musicales.

 

II.               Télévision comme moyen de production philosophique.

 

Thèse 1 : Les philosophes utilisent la télévision comme un moyen pour produire de la philosophie.

Thèse 2 : Les philosophes se servent d’émissions ou de programmes télévisuels, pour parler à leur tour en tant que philosophes.

Thèse 3 : les philosophes, par la télévision, contemplent le monde et le commentent selon des points de vue ou des positions philosophiques adverses.

Thèse 4 : En tant qu’ils sont des spectateurs de l’information ou de la fiction et qu’ils tirent de leurs observations de ce spectacle un certain nombre toujours croissant de réflexion ; en tant que des philosophes se produisent en spectacle à la télévision pour faire part de leur réflexion de philosophe, commentant la réalité, les philosophes semblent pouvoir au moins jouer deux rôles. Extérieur et intérieur.

Thèse 5 : Les philosophes, critiquent les usages non philosophiques de la télévision. Les télévisions critiques les usages non télévisuels de la philosophie. Que dire d’une télé-critique ? Un usage télécritique de la philosophie, ou de la télévision. Un usage qui est de dire ce que nous voyons quand nous regardons de la télévision et du spectacle parfois obscène qu’elle donne à voir (par exemple un certain côté obscène des émissions de débats).

Thèse 6 : comment dans la vie des humains la télé s’est insérée, et comment elle a pris une certaine place, place conséquente. Comment elle a pu autant servir à nous édifier, mais aussi à nous abrutir ? Une analyse des effets de la télévision sur les liens sociaux, dans la politique, dans la psychologie, dans la biologie. Les conséquences psychopathologiques de certains usages de la télévision.

Thèse 7 : La télévision fonctionne aussi avec la philosophie, avec de la philosophie. Il y a peut-être une sorte de régime de pensée philosophique qui régit le fonctionnement de la télévision, une sorte de philosophie sous-jacente, innervant chaque programme télé, chaque publicité, chaque fiction, chaque actualité. La télévision peut-être d’obédience religieuse, hédoniste, économique, psychologique…

Sylvain Létoffé


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